Votre colocataire a disparu… dans l’appartement. Et votre mission est de le retrouver. Non, il ne s’agit pas d’une histoire se déroulant dans un luxueux penthouse de plusieurs milliers de mètres carrés, mais plutôt d’un récit mêlant dimensions parallèles et phasmes, ces insectes en forme de feuille (LEAF en anglais, FAEL en anagramme, vous l’avez ?).
Looking for Fael est un puzzle game narratif particulièrement bien pensé. On ne manquera pas de penser au récent succès du genre, Blue Prince, mais sans aléatoire (que le Monstre en spaghetti volant soit loué, ce n’est pas un énième rogue-like).

L’une des premières énigmes vous amènera à mettre la main sur la Game Leaf, un dispositif portable (oui, c’est une Game Boy) qui permet d’activer différents mécanismes en résolvant des puzzles inspirés de Tetris : il faudra placer correctement les tétrominos (les pièces de Tetris, donc) dans la bonne position pour recouvrir certains blocs.
Looking for Fael vous laisse évoluer à votre guise dans l’appartement (voire les appartements, on y reviendra) afin de récolter les indices nécessaires à la résolution des puzzles. Un conseil : gardez un carnet et un stylo près de vous. Vous pourrez y consigner notes, croquis et autres écrits qui se révéleront, la plupart du temps, utiles un peu plus tard.

Le jeu fait la part belle à une narration essentiellement environnementale, et tout ne vous est pas révélé tout de suite. Pourquoi certains objets glitchent-ils ? Mystère…
Un phasme peut en cacher un autre
Fael est, semble-t-il, passionné par les phasmes : on en trouve des représentations partout. C’est bien sûr une métaphore centrale du jeu — disparaître tout en restant présent, apprendre à voir ce qui se cache dans le décor — qui colle d’ailleurs parfaitement à un gameplay fondé sur l’observation.

Les puzzles vous donneront du fil à retordre. Heureusement, quelques options sont là pour vous épauler, comme la possibilité de dénicher des magazines Arte (la chaîne est éditrice du jeu) contenant un QR code renvoyant vers une page web pleine de conseils. Une aide spatiale est également disponible, avec des traces de pas indiquant le chemin de la sortie, et enfin une aide textuelle met en gras et en couleur certains mots-clés.
Bien vite, l’environnement va fortement se transformer : un dispositif installé à la porte d’entrée fera apparaître des versions parallèles de l’appartement. Celui-ci pourra ainsi être envahi par la nature, se muer en salle de cinéma, devenir un espace liminal ou encore les bureaux d’une entreprise…

Au fur et à mesure des puzzles, la narration gagne en informations comme en mystère. J’ai beaucoup aimé l’histoire façon pulp d’effroi, narrée via une énigme mettant en scène de vieux téléphones filaires.
Tout est bien sûr relié, et vos actions à un endroit pourront avoir des conséquences à un autre : il ne faut donc pas hésiter à explorer. Le tout vous amènera, petit à petit, à questionner la réalité elle-même.

Les environnements sont à la fois sobres et très détaillés — Fael semble être un passionné de BD et de gunplas. On doit ces décors à l’imaginaire de Benoît « Beloup » Leloup, illustrateur et auteur de bandes dessinées, et ça se sent : l’univers regorge de références culturelles et de couleurs.

Enthousi-phasme débordant
Coproduit par ARTE France, Swing Swing Submarine et La Poule Noire — un jeu français, donc, soyons chauvins pour une fois —, Looking for Fael est un excellent puzzle game qui mérite toute votre attention. Si vous avez aimé Blue Prince, Return of the Obra Dinn ou Lorelei and the Laser Eyes, c’est un must, qui mériterait d’ailleurs d’être bien plus connu au-delà de nos frontières. Et comme son insecte fétiche, il pourrait bien passer inaperçu au milieu des sorties de l’été : ce serait dommage, ouvrez l’œil.
Le jeu est disponible sur PC, Switch 1 et 2, Xbox Series et PlayStation 5. À noter qu’il tourne très bien sur Steam Deck.
Test réalisé à partir d’une version PC fournie par l’éditeur.
