Hissez ho ! Cap sur les Caraïbes en compagnie d’Edward Kenway. Mille sabords, le flibustier nous revient treize ans plus tard. Yarrg !
Assassin’s Creed Black Flag Resynced est un remake du jeu original Assassin’s Creed IV: Black Flag*— à ne pas confondre avec un simple remaster, qui se contenterait d’un lifting technique et d’une interface dépoussiérée. Ici, le jeu a été intégralement reconstruit et s’appuie désormais sur la dernière version du moteur Anvil, celle-là même qui propulsait Assassin’s Creed Shadows, dernier épisode canonique de la saga.

Aux commandes de ce chantier naval : Ubisoft Singapour, épaulé par une flotte de studios partenaires. Un choix qui n’a rien d’anodin — l’équipe compte des vétérans embarqués dans la saga depuis Brotherhood, et c’est ce même studio qui a bâti le gameplay naval de la série, du Black Flag original jusqu’à Skull and Bones. Son directeur créatif, Paul Fu, travaillait déjà sur le jeu de 2013, et sa lettre d’intention donne le ton : préserver coûte que coûte l’esprit de Black Flag, avec la bénédiction des figures historiques de la licence.

Black Flag Resynced reprend donc les aventures du quatrième épisode de la série. Vous y incarnez Edward Kenway, grand-père de Connor, le héros d’Assassin’s Creed III. Edward est un pirate. Au sortir d’une bataille navale, il se retrouve échoué sur une île déserte en compagnie d’un membre de la confrérie des Assassins. Plein de ressources, notre forban parvient à le vaincre et découvre sur lui une lettre du gouverneur de La Havane, promettant une forte récompense en échange d’un mystérieux artefact. Appâté par la fortune, Edward décide d’endosser l’identité de l’Assassin Duncan Walpole et met le cap sur La Havane. L’aventure se déroule au crépuscule de l’âge d’or de la piraterie, de 1715 à 1722, dans des Caraïbes somptueuses où l’Histoire croise la légende. Car Edward ne fréquente pas n’importe qui : Barbe Noire, Anne Bonny, Calico Jack ou Charles Vane — des pirates qui ont réellement écumé ces eaux — comptent parmi ses alliés et compagnons de tavernes. C’est l’un des grands plaisirs de Black Flag, hier comme aujourd’hui : naviguer dans une page d’histoire authentique, celle de la république pirate de Nassau et de ses rêves de liberté, saupoudrée du folklore de la saga.

Petit rappel pour les moussaillons qui monteraient à bord de la saga avec cet épisode : l’Animus, c’est la machine au cœur de tout Assassin’s Creed. Cette technologie développée par Abstergo — façade moderne de l’ordre des Templiers (aka les méchants) — permet de plonger dans la mémoire génétique d’une personne pour revivre, comme une simulation ultra-réaliste, les souvenirs de ses ancêtres. C’est elle qui justifie les allers-retours de la série entre passé et présent : chaque épisode historique est en réalité une « mémoire » explorée depuis notre époque, sur fond de guerre de l’ombre millénaire entre Assassins, épris de libre arbitre, et Templiers, obsédés par le contrôle.

Les habitués s’en souviennent : dans le jeu de 2013, l’histoire se déroulait sur deux niveaux, et l’on incarnait dans le présent un employé d’Abstergo Entertainment chargé de revivre les mémoires d’Edward — jusqu’à ce que des messages piratés viennent semer le doute. Resynced bouscule cette formule : ces séquences contemporaines disparaissent au profit de l’Animus Hub, la plateforme inaugurée avec Shadows, et de « Rifts », des quêtes optionnelles dissimulées dans l’Animus qui proposent des scénarios alternatifs autour d’Edward. Une relecture moderne du récit-cadre, sur laquelle nous reviendrons plus bas.
Répondons maintenant à la question que m’a posée mon fils — « c’est un RPG ? » — question que je n’avais d’ailleurs pas très bien comprise sur le moment. Sachez que non : Black Flag Resynced n’adopte pas la formule des Assassin’s Creed modernes initiée avec Origins en 2017, puis poussée plus loin par Odyssey et Valhalla. Ici, pas de niveaux à grimper, pas de dégâts chiffrés qui s’envolent au-dessus des ennemis, pas d’adversaire « niveau 40 » infranchissable parce que vous n’êtes que « niveau 25 ». Resynced reste fidèle à l’ADN action-aventure du jeu original : la progression passe par votre équipement, vos outils d’Assassin et surtout par l’amélioration du Jackdaw, votre fidèle navire, à coups de plans et de ressources pillées en mer. Votre véritable montée en puissance, c’est vous : votre maîtrise des parades, de l’infiltration et des abordages. « Nous voulions que chaque situation de combat soit ressentie différemment, sans introduire de statistiques de RPG », résume d’ailleurs Paul Fu. Le système de combat a ainsi été entièrement repensé — plus dynamique, articulé autour des parades et des exécutions — et la difficulté se règle finement, séparément pour le combat, l’infiltration, le naval et les activités. De quoi contenter aussi bien les vieux loups de mer que les moussaillons qui découvrent les Caraïbes.

Si Black Flag est resté dans le cœur des joueurs, c’est aussi — et peut-être surtout — grâce à son anti-héros. Edward n’a, au début de l’aventure du moins, rien d’un altruiste : c’est par la ruse et la fourberie qu’il s’invite dans la guerre séculaire entre Assassins et Templiers, en endossant une identité qui n’est pas la sienne. Là où Altaïr et Ezio servaient une cause, Edward, lui, court après l’or, la gloire et la promesse d’une vie meilleure pour les siens. Des motivations terre à terre, égoïstes parfois, mais tellement plus humaines — et c’est précisément ce qui le rend attachant. Ce forban nous ressemble, avec ses ambitions, ses mauvais choix et ses remords, et c’est tout le sel de son voyage que de le voir grandir au fil de l’aventure.

Parlons-en justement, de ces fameux Rifts qui remplacent les séquences contemporaines du jeu original. Il s’agit de quêtes optionnelles enfouies dans les profondeurs de l’Animus, qui se matérialisent dans le monde du jeu au fil de votre progression : quatre au total, chacune se débloquant après avoir atteint un certain point du récit. Leur concept est aussi malin que séduisant — explorer des scénarios alternatifs, des « et si… » autour du destin d’Edward et de ses compagnons d’infortune, dans des environnements oniriques à l’esthétique déstructurée, typique des glitchs de l’Animus, et avec une proposition de gameplay qui tranche avec le reste de l’aventure. Le premier Rift, « Âmes égarées », pose ainsi une question que tout joueur de Black Flag s’est un jour posée : et si Edward avait tenu la promesse faite à Caroline, restée au pays de Galles ? Nous ne vous dirons rien des trois suivants, sinon qu’ils revisitent le destin de figures emblématiques de l’âge d’or de la piraterie, et que le dernier, réservé à ceux qui auront terminé l’épilogue, ose une hypothèse dont le simple énoncé ferait bondir n’importe quel membre de la confrérie. Une manière élégante de récompenser l’exploration et de prolonger l’aventure au-delà du récit principal, tout en apportant ce liant narratif avec la saga que l’Animus Hub tisse depuis Assassin’s Creed Shadows.

Mais que change concrètement Resynced par rapport au jeu de 2013 ? Beaucoup de choses, à commencer par ce qui saute aux yeux : reconstruit intégralement sur la dernière version du moteur Anvil, le jeu bénéficie d’une refonte complète de ses assets, du ray tracing, du rendu par micropolygones, d’objets dynamiques et destructibles, et de villes désormais totalement fluides — fini les temps de chargement pour entrer dans La Havane ou Nassau. Le monde s’agrandit au passage : plongée libre où bon vous semble, nouvelles îles à explorer, activités modernisées avec nouvelles lignes de doublage, et un repaire de Great Inagua enrichi de quêtes et de secrets inédits. Côté gameplay, le combat a été entièrement repensé autour de la parade : les parades parfaites déclenchent ces exécutions en chaîne iconiques de la série, épaulées par de nouvelles frappes lourdes, des projections au pied et une exécution à la lame secrète qui brise la garde adverse. L’infiltration profite d’un vrai bouton pour s’accroupir — oui, il aura fallu treize ans — et d’une jauge de visibilité influencée par le cycle jour/nuit et la météo, la pluie devenant votre meilleure alliée. Le parkour gagne un saut manuel, des transitions plus réactives et même des tyroliennes, tandis que la dague à corde, débloquée bien plus tôt, s’intègre désormais aux combos. Le volet naval n’est pas en reste : chaque arme du Jackdaw se dote d’un tir secondaire (boulets chauffés en cadence rapide, double tir enchaîné, barils à mitraille), les canons pivotants passent en visée manuelle façon Assassin’s Creed Rogue, et la gestion de la flotte se fait dorénavant directement depuis la cabine du capitaine. Enfin, comptez environ six heures de contenu narratif inédit, dont un tout nouveau chapitre de fin de jeu face à un adversaire déterminé à faire tomber Edward et le Jackdaw, trois nouveaux officiers à recruter pour votre navire — chacun avec sa ligne de quêtes — et de nouvelles lignes narratives dédiées aux personnages adorés des fans, Barbe Noire et Stede Bonnet en tête. Ajoutez à cela des chants marins inédits à collectionner, des animaux de compagnie à recruter sur le pont du Jackdaw, un mode photo pour immortaliser vos couchers de soleil caribéens, des missions de filature enfin assouplies — fini les échecs punitifs à la moindre cible perdue de vue — et une météo dynamique qui transforme chaque traversée. Un remake généreux, donc, qui ne se contente pas de repeindre la coque.

Alors, que penser de ce remake, manette en main ? Techniquement, c’est excellent. Le jeu est superbe — ce qui, soyons honnêtes, n’était pas vraiment le cas de l’original, sorti en pleine époque des couleurs désaturées et du marron à tous les étages. Les Caraïbes version 2026 éclatent de turquoise et de végétation luxuriante, et le voyage vaut le détour rien que pour elles. La narration profite elle aussi du chantier : plusieurs personnages gagnent des scènes cinématiques inédites qui étoffent leurs arcs et donnent plus de corps à l’entourage d’Edward. Elle perd en revanche une partie de sa force avec la disparition des missions à notre époque, ce récit-cadre relégué aux Rifts évoqués plus haut. Quant aux améliorations de gameplay, de l’infiltration au parkour, elles sont réellement notables.
Côté bémols — et c’est affaire de goût — les phases navales ont beau avoir gagné en profondeur avec leurs tirs secondaires, et je sais qu’elles comptent parmi les moments préférés de nombreux joueurs (elles ont même inspiré à Ubisoft un jeu à part entière, Skull and Bones), ce n’est toujours pas ma tasse de rhum. Et si les parades apportent une vraie fluidité aux affrontements, elles les rendent aussi sensiblement plus faciles, du moins dans les premières heures : on se surprend à foncer dans le tas en délaissant l’infiltration, tant Edward se sort de tous les mauvais pas au sabre et au pistolet. Les puristes de la lame secrète pousseront la difficulté de combat d’un cran — bonne nouvelle, le jeu le permet sans toucher au reste.

Saluons enfin le soin apporté à l’accessibilité, un domaine où Ubisoft fait figure de bon élève depuis plusieurs années. Resynced propose des présets d’accessibilité couvrant tous les pans du jeu — gameplay, audio, visuels, commandes, menus et navigation — chacun personnalisable option par option. La difficulté s’ajuste indépendamment pour le combat, l’infiltration, le naval et les activités, les QTE (ces séquences qui exigent de marteler une touche au bon moment) peuvent être ignorées, et un GPS activable guide vos pas sur terre comme en mer. Les malvoyants profitent d’une narration d’écran dans les menus comme en jeu, les daltoniens de présets de couleurs dédiés, et les sourds et malentendants de sous-titres enrichis — couleurs, noms et émotions des interlocuteurs — doublés de légendes pour les sons de gameplay. Ajoutez le remappage complet des commandes, la désactivation possible des effets de sang, du tremblement d’écran ou du flou de mouvement, et vous obtenez l’un des remakes les plus inclusifs du moment. De quoi permettre à chacun, quelle que soit sa situation, de prendre la mer. Signalons pour finir que le jeu est classé PEGI 18, comme l’original.

Assassin’s Creed Black Flag Resynced lèvera l’ancre le 9 juillet 2026 sur PlayStation 5 (avec améliorations PS5 Pro), Xbox Series X|S et PC — via Ubisoft Store, Steam et l’Epic Games Store — ainsi que dans l’abonnement Ubisoft+. D’ici là, larguez les amarres et gardez un œil sur l’horizon, moussaillons !
Test réalisé à partir d’une version PC fournie par l’éditeur.
