« N’avez-vous jamais dansé avec le Diable au clair de lune ? »
Développé par les spécialistes du jeu de briques TT Games et édité par Warner Bros. Games, LEGO Batman : L’Héritage du Chevalier Noir est le dernier mariage en date entre les jeux de construction et le justicier masqué de DC Comics.
Une odyssée à travers les âges du Chevalier Noir
Le jeu s’ouvre sur les origines du jeune Bruce Wayne et sa transformation en Batman, avec une référence appuyée à Batman Begins de Christopher Nolan. On bascule ensuite vers un Gotham contemporain, avec un Batman plus proche de The Batman de Matt Reeves, avant de bifurquer vers les origines du Red Hood et du Joker — telles qu’esquissées dans Detective Comics de 1951 — puis vers une Catwoman tout droit sortie du Batman : Le Défi de Tim Burton.

Le jeu a pour ambition de vous faire revivre les moments emblématiques de l’histoire du Chevalier Noir au cinéma, à la télévision, dans les comics et les jeux vidéo, le tout enrobé d’innombrables clins d’œil à l’univers DC et de l’humour irrésistible propre à la licence LEGO. Les références ne se limiteront d’ailleurs pas au seul personnage créé par Bob Kane : l’humour est ici très bien dosé, avec des blagues subtiles qui ne s’adressent pas uniquement aux enfants — la référence à American Psycho ne manquera pas de faire sourire les adultes. Le jeu fourmille également d’easter eggs dissimulés dans les décors comme dans les dialogues, de quoi combler les fans les plus hardcore des comics.
Un gameplay taillé dans la cape de Rocksteady
C’est au niveau du gameplay que réside la véritable nouveauté, car ce titre doit énormément à son illustre aîné, Batman : Arkham Asylum. Tout comme dans le jeu de Rocksteady, Batman peut courir, sauter, grimper, planer depuis les hauteurs grâce à sa cape, et utiliser son grappin pour s’élancer vers des corniches en hauteur. Les combats s’inscrivent clairement dans le même sillage, avec des affrontements dynamiques mêlant attaques rapides et contres bien sentis face à des hordes d’ennemis.

En enchaînant les adversaires mis à terre, vous alimentez une jauge de focalisation qui vous permet de déclencher une attaque dévastatrice au moment opportun.

L’hommage va encore plus loin côté infiltration : le jeu vous invite à surprendre vos ennemis en évitant leur champ de vision, et il est même possible de se suspendre à son grappin depuis des poutres en hauteur pour fondre silencieusement sur les adversaires — une mécanique d’élimination par-dessus très fidèle au classique de 2009.
Batman ne serait évidemment pas Batman sans ses gadgets. Batarangs pour actionner des interrupteurs ou détruire des mécanismes à distance, grappin pour attirer vers vous un objet ou un ennemi, gel explosif appliqué en dessinant une chauve-souris sur l’écran comme dans la trilogie Arkham : la panoplie est complète et jubilatoire.
Le jeu ne vous place pas uniquement aux commandes de Batman : vous travaillerez régulièrement en binôme avec un partenaire — le commissaire Gordon, Catwoman, ou d’autres figures de l’univers DC — chacun disposant de ses propres gadgets aussi farfelus que fun. Les compétences des héros s’articulent intelligemment entre elles, obligeant le joueur à alterner régulièrement plutôt que de tout miser sur le Chevalier Noir. Le titre se joue d’ailleurs en solo ou à deux en multijoueur local, ce qui décuple le plaisir. Fidèle à l’ADN de la licence, il propose par ailleurs un nombre hallucinant d’objets à collectionner, garantissant une longue durée de vie et une foule d’activités bien après le générique de fin.

Un chevalier et sa monture
Pour se déplacer dans un Gotham en LEGO d’une ampleur impressionnante, Batman peut invoquer sa Batmobile à tout moment — et les autres personnages disposent de leurs propres véhicules. C’est bien sûr l’occasion de débloquer de nouvelles apparences pour la Batmobile, qui a elle aussi évolué au fil des décennies de films et de séries. Ces déplacements donnent lieu à de nombreuses courses-poursuites haletantes qui évoquent les meilleurs moments de GTA.

Une réalisation à la hauteur
Sur le plan technique, le jeu est particulièrement soigné pour une production LEGO, avec des environnements détaillés et généreux en références visuelles. Les animations contribuent largement à la personnalité du titre : dynamiques et souvent amusantes, elles réservent quelques moments savoureux — notamment lors des éliminations discrètes, qui font l’objet de petites mises en scène dont le jeu a le secret.
La bande-son est remarquable, jouant habilement sur les thèmes classiques de la franchise, tandis que les doublages sont d’excellente facture tant en VF qu’en VO — mention spéciale à l’adaptation des jeux de mots, parfaitement traduits d’une langue à l’autre. Les cinématiques, très travaillées, rendent régulièrement hommage à des moments iconiques des films, des séries animées ou des comics.

Un démarrage en douceur… peut-être trop
Avant de pouvoir circuler librement dans Gotham, il vous faudra traverser un prologue assez linéaire et patienter plusieurs heures. Patience, donc : dès que le jeu vous ouvrira les portes de la ville en monde ouvert, vous comprendrez que l’attente en valait largement la peine.
La Batcave fait office de hub central, depuis lequel vous pourrez gérer vos améliorations et dépenser vos précieuses pièces LEGO pour débloquer de nouvelles tenues de personnages ou des livrées inédites pour vos véhicules. Il est même possible de la personnaliser à votre guise, dans une certaine mesure.

Quant à Gotham elle-même, elle regorge de lieux iconiques soigneusement reconstitués en briques : l’Iceberg Lounge, le siège du GCPD, l’Asile d’Arkham, le Jardin Botanique… tous fidèlement reproduits et truffés de détails pour les connaisseurs. La ville devient rapidement un vaste terrain de jeu parsemé de défis en tout genre — les célèbres énigmes d’Edward Nigma ou les casse-têtes retors du Cluemaster viendront notamment titiller les joueurs les plus curieux.

Quelques imperfections à signaler
On notera, comme chez son aîné Batman : Arkham Asylum, un manque global de variété dans les combos disponibles : on se retrouve bien souvent à marteler le même bouton d’attaque pour venir à bout des ennemis, et les différents personnages jouables n’apportent malheureusement pas beaucoup de renouveau sur ce point. LEGO oblige, les intrigues sont parfois fortement édulcorées : certaines histoires cultes ont été remaniées pour en atténuer l’aspect tragique — Robin, par exemple, ne perd pas ses parents dans cette version. Enfin, bien que le jeu propose trois niveaux de difficulté, l’ensemble reste assez accessible, y compris en mode difficile. Quelques rares bugs de scripts viennent occasionnellement gâcher une scène de dialogue, mais ces accrocs demeurent anecdotiques dans l’ensemble d’une production très soignée.

Parce qu’il est le héros que Gotham mérite
LEGO Batman : L’Héritage du Chevalier Noir s’impose comme l’un des meilleurs épisodes de la franchise et, sans doute, comme le jeu LEGO le plus ambitieux à ce jour. En s’inspirant ouvertement de la formule Arkham pour enrichir une mécanique de jeu trop longtemps restée en surface, TT Games franchit un cap décisif : celui d’un titre qui ne se contente plus de séduire les enfants avec des briques colorées, mais qui offre aux adultes une expérience dense, référencée et genuinement fun. À condition d’accepter un prologue un peu sage et des combats perfectibles, Gotham en LEGO n’a jamais été aussi séduisante à arpenter.
Le jeu est disponible sur PC, Xbox Series X et S et PlayStation 5. La sortie du jeu sur Nintendo Switch 2 est prévue pour 2026.
Article testé à partir d’une version PC fournie par le développeur.
