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Mouse: P.I. For Hire

Ecrit par papa

Il y a des soirs où Mouseburg sent le fromage rance et les mauvaises intentions. Ce soir-là sentait les deux. J’avais les pieds sur le bureau, le chapeau sur les yeux, et suffisamment de problèmes pour ne pas en chercher d’autres, quand Mouse: P.I. for Hire débarqua sans frapper. Ces choses-là ne frappent jamais.

Dans Mouse: P.I. for Hire, vous incarnez Jack Pepper, ancien flic et vétéran de guerre reconverti en détective privé dans la ville de Mouseburg. Le jeu démarre sur les chapeaux de roue avec une prolepse qui vous jette directement à la poursuite de ce qui semble être le grand méchant de l’histoire, avant de revenir au présent. L’enquête débute véritablement lorsque Jack est contacté par la journaliste Wanda Fuller pour élucider la mystérieuse disparition du magicien Steve Bandel — la première de trois affaires que vous aurez à résoudre.

Toute l’histoire se déroule dans un univers de cartoon en noir et blanc des années 30, à la manière des vieux Mickey Mouse, où les personnages sont en grande majorité des souris aux allures cartoonesques. La direction artistique, déjà remarquée lors des premiers trailers dévoilés en 2024, est ici poussée à son paroxysme. Les développeurs polonais de Fumi Games ont opté pour un choix technique aussi audacieux que cohérent : si les environnements sont modélisés en 3D, les personnages, les armes et l’interface ont quant à eux été entièrement dessinés à la main, image par image, dans le style rubber hose, ce mouvement typique de l’animation américaine des années 1920-30, où tout fléchit, tout s’étire et se déforme. Les personnages arborent évidemment tous des gants blancs, vos balles ont des yeux, et certaines séquences flirtent ouvertement avec l’absurde cartoon, comme tirer sur une enclume pour expédier un ennemi dans l’au-delà.

L’humour et l’ironie sont omniprésents : jeux de mots autour du fromage (dans un monde gouverné par des souris, difficile d’y couper), clins d’œil cachés dans les décors, comme cette araignée imitant Pat Hibulaire dans l’encadrement d’une porte ou encore les panneaux Entrée interdite (pour le moment)… Le jeu ne se prend jamais trop au sérieux, et c’est précisément ce qui fait son charme.

L’écriture s’inscrit résolument dans la tradition du roman noir hard-boiled, dans la veine de Dashiell Hammett : une narration sèche, cynique, portée par un héros désabusé que la guerre a forgé. Mais le ton reste toujours contrebalancé par l’absurde cartoon ambiant, un équilibre savoureux entre gravité feinte et dérision assumée. Les deux univers se percutent, et c’est précisément de cette collision que naît toute la saveur du jeu.

Sous ses atours cartoonesques se cache un FPS old school assumé, un boomer shooter, comme on dit. Jack dispose d’un dash, d’un saut et d’un coup de pied pour se déplacer, repousser les ennemis ou leur renvoyer un baril explosif dans les pattes. L’arsenal est généreux : poings, pistolet, fusil à pompe, bonne vieille mitraillette Tommy gun à chargeur tambour (ici rebaptisée James Gun), dynamite… Les armes et gadgets s’accumulent au fil de l’aventure. On trouvera même des boîtes d’épinards façon Popeye pour se transformer brièvement en machine à destruction musclée. Les références sont légion , les amateurs de Doom reconnaîtront notamment la présence d’une tronçonneuse qui n’a rien d’anodin.

Mais le jeu ne se limite pas au seul défouraillage. Des rencontres avec des PNJ, la collecte d’indices (notes, objets) et, une fois de retour au bureau, la reconstitution des pistes sur un tableau de liège complètent l’expérience. Le hub central, qui comprend le bureau de Jack, le bar Little Big et l’atelier de Tammy, fourmille de personnages avec lesquels discuter quand une affaire vous résiste. Une fois prêt, il suffit de prendre sa voiture, de consulter la carte de la ville et de filer à destination. Le jeu propose une dizaine de biomes aux environnements variés, tous inspirés des cartoons de l’époque. Les explorateurs seront également récompensés : zones cachées, cartes de baseball et comics à collectionner jalonnent chaque recoin du jeu.

La bande originale jazzy big band colle parfaitement à l’ambiance des années 30, et l’on savoure les effets sonores directement hérités des cartoons d’époque, comme ce bruit de cloche de ring de boxe qui retentit lorsqu’un ennemi s’effondre. Les doublages sont de bonne facture, et Fumi Games s’est même offert le luxe de recruter Troy Baker, star incontournable du doublage vidéoludique américain. Pour pousser l’immersion encore plus loin, il est possible de dégrader volontairement la qualité sonore afin de restituer l’atmosphère des films d’époque : du simple souffle vinyle jusqu’au timbre des cylindres de cire phonographique. Dans le même esprit, des filtres visuels permettent d’appliquer un aspect vintage à l’image pour parachever l’illusion.

Quelques regrets viennent toutefois tempérer l’enthousiasme : certaines armes manquent de feeling, le fusil à pompe en tête, et l’on aurait apprécié relier soi-même les indices sur le tableau de liège plutôt que de voir le jeu le faire automatiquement, une occasion manquée d’impliquer davantage le joueur dans l’enquête.

Mais à l’exception de Cuphead, rares sont les jeux à avoir su capturer aussi fidèlement l’esprit des vieux cartoons. Le soin apporté aux animations est impressionnant, l’histoire tient la route malgré son ton volontairement décalé, et l’ambiance de roman noir enveloppe le tout avec une cohérence désarmante. Mouse: P.I. for Hire est un boomer shooter qui sort franchement du lot, et ça, aucun baril explosif ne peut vous l’enlever.

Test réalisé à partir d’une version PC Steam fournie par l’éditeur

A propos de l'auteur

papa

Rédacteur en chef avec la Passion™ ® du Jeu Vidéo depuis ses débuts sur Spectravideo et Sinclair ZX81.
Fier papa de 2 jeunes gamers.

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