En 2472, le Marathon, un vaisseau colonial de l’UESC (imaginez l’ONU, mais avec des dents), est envoyé pour établir un nouveau foyer pour l’humanité dans le système Tau Ceti IV. Hélas, la liaison avec le vaisseau est brutalement interrompue. Cent ans plus tard, un message en provenance du Marathon est enfin reçu : « Quelque part dans les cieux, ils attendent. ».
Vous incarnez un Coureur (Runner), une conscience déconnectée logée dans un corps biocybernétique. Les Coureurs sont des mercenaires recrutés par l’une des méga‑corporations, envoyés piller les ruines de l’ancienne colonie de Tau Ceti IV.

Marathon est un extraction shooter, un genre de jeu de tir à la première personne très populaire, dont l’un des succès récents est Arc Raiders. Le principe est simple : partir en mission pour récupérer des ressources sur une carte infestée d’ennemis contrôlés par l’ordinateur, mais aussi d’autres joueurs humains. Le véritable défi consiste à survivre et s’extraire avec son butin.
Impossible d’évoquer le jeu de Bungie sans parler de sa direction artistique particulièrement soignée. Celle‑ci mêle couleurs primaires et néons fluorescents à une esthétique géométrique marquée, tout en conservant un certain réalisme (hyperréalisme graphique). Les environnements sont sublimés par le contraste entre les vestiges technologiques de la colonie — anguleux, géométriques et aux teintes extrêmement vives — et les paysages plus naturels de la planète, façonnés par son climat hostile.

Il est possible de jouer en équipe de deux ou trois joueurs, mais aussi en solo, dans des parties dédiées. En incarnant Rook — un runner capable de se fondre parmi les intelligences artificielles sans être pris pour cible — il devient possible de rejoindre en solitaire des parties multi-joueurs déjà en cours. En revanche, cette approche impose certaines limitations : il est impossible de progresser dans les quêtes de factions. L’objectif se limite alors à l’extraction de l’équipement que vous aurez réussi à récupérer au cours de votre run. Rook débute d’ailleurs avec un équipement de base très restreint, qui s’étoffera progressivement. En somme, un pillard solitaire qui n’a absolument rien à perdre.
Car l’un des aspects fondamentaux de ce type de jeu repose sur la prise de risque : plus vous partez en mission avec de l’équipement et des mods puissants, plus vos chances de survie et d’extraction augmentent. Plus vous restez longtemps sur Tau Ceti, plus la valeur de ce que vous trouverez augmentera… mais plus les pertes potentielles seront élevées. En cas de mort — et cela arrivera souvent — vous perdrez l’intégralité de l’équipement emporté ainsi que le butin récupéré sur place.

Autre caractéristique essentielle des extraction shooters : la frontière volontairement floue entre alliés et adversaires. Le jeu exploite en effet un chat de proximité : si vous parlez dans votre micro, les joueurs situés à proximité peuvent vous entendre. Ce système ouvre la porte à des alliances de circonstance, souvent dictées par la situation plus que par la confiance. Mais la nature humaine reprend vite ses droits : ce nouvel allié temporaire peut très bien se retourner contre vous à la moindre opportunité.

Cependant, contrairement à Arc Raiders, l’approche adoptée ici favorise bien davantage le tir à vue, une tendance encore renforcée par le fait que les ennemis contrôlés par l’IA et les adversaires humains partagent tous une silhouette humanoïde, ce qui accentue la confusion en situation de combat. À l’inverse, dans Arc Raiders, où les adversaires JcE ne sont jamais humanoïdes, il est plus facile d’envisager une issue non hostile lors d’une rencontre avec d’autres joueurs.
Un aspect différenciateur majeur de Marathon réside dans son lore à la fois mystérieux et extrêmement détaillé. Le jeu s’inscrit dans l’héritage de la trilogie de FPS développée par Bungie et sortie sur Mac en 1994, une série qui connut un grand succès et offrit aux utilisateurs d’Apple une véritable alternative à Doom. Cette série plaçait le joueur dans la peau d’un agent de sécurité du vaisseau Marathon, confronté à une invasion extraterrestre ainsi qu’à une intelligence artificielle devenue rebelle — des thèmes que l’on retrouvera plus tard dans l’une des franchises phares de Bungie : Halo. Ces éléments narratifs laissent présager des nouveautés et révélations attendues lors des prochains événements dédiés à Marathon.

Par ailleurs, Bungie a lancé de multiples ARG (Alternate Reality Games), un type de puzzle intégrant des éléments d’un univers fictif transposés dans le monde réel. Des sites web énigmatiques permettaient ainsi aux joueurs d’approfondir leur compréhension de l’univers. Dans Marathon lui-même, certains joueurs ont découvert des messages codés mystérieux renvoyant vers des sites encore plus obscurs, laissant entrevoir les futurs événements à venir. Sans entrer dans le détail de toutes les théories avancées par notre ami Flo, on évoque pêle-mêle des intelligences artificielles malveillantes, des formes de vie extraterrestres et même l’existence de mondes alternatifs.
Dans le jeu, les Runners ne meurent jamais réellement : leur conscience est simplement déconnectée de leur cadre (frame), c’est‑à‑dire de leur corps cybernétique. Marathon propose plusieurs cadres afin de s’adapter à différents styles de jeu, chacun disposant de capacités qui lui sont propres. Par exemple, le cadre Assassin est équipé d’un camouflage actif ainsi que d’un système de déploiement de fumée synthétique, lui permettant de frapper sans être vu ou d’offrir une couverture idéale lors des affrontements hostiles. Le cadre Destructeur, quant à lui, dispose de missiles, d’un bouclier énergétique et de petits réacteurs améliorant considérablement sa mobilité. À l’heure actuelle, ce sont au total sept cadres différents qui sont disponibles, offrant une grande variété d’approches tactiques et encourageant la complémentarité entre les joueurs au sein d’une équipe. Et un huitième est déjà annoncé par la firme.

Bungie bénéficie aujourd’hui d’une solide expérience dans les FPS et les jeux multi-joueurs en ligne, acquise notamment grâce aux séries Halo et Destiny, et cela se ressent clairement en jeu. Le gameplay est fluide, précis, et les différentes armes comme les pouvoirs procurent un excellent feedback, rendant chaque affrontement à la fois dynamique et satisfaisant. De plus, le jeu propose une expérience entièrement cross‑platform, permettant aux joueurs de retrouver leurs amis quelle que soit leur plateforme : Xbox, PlayStation 5 ou PC. D’ailleurs, le jeu est compatible avec le cross‑save, ce qui signifie que l’on peut commencer une partie sur une plateforme et poursuivre sa progression sur une autre.

Autre point notable : le comportement des ennemis contrôlés par l’IA, et plus particulièrement celui des robots de l’UESC. Leur intelligence artificielle est assez bluffante : ils n’hésitent pas à vous prendre à revers ou à maintenir leurs distances selon la situation. À tel point que certains joueurs estiment le contenu JcE un peu trop exigeant. Un avis que votre serviteur ne partage absolument pas — ah ah, oh non — parce que je suis évidemment un très grand l33t gamerz (bon, en réalité, il y a eu quelques moments légèrement embarrassants). Mais cette difficulté supplémentaire se révèle surtout très stimulante et apporte un véritable piment à l’exploration.

S’il fallait néanmoins formuler un léger reproche, il concernerait la variété des adversaires contrôlés par l’IA, qui ont tendance à se ressembler, la majorité étant composée de robots de l’UESC. Bien que plusieurs variantes existent — certaines disposant de capacités spécifiques comme le camouflage ou des boucliers — l’ensemble souffre encore d’un manque de diversité visuelle, ce qui peut atténuer le sentiment de renouvellement lors des affrontements prolongés. On trouve toutefois quelques exceptions notables, comme des nids de tiques ou des plantes empoisonnées particulièrement mortelles, qui apportent une menace environnementale intéressante et contribuent à varier les situations de combat.
Par ailleurs, le nombre de cartes — limité à trois — peut sembler assez restreint, même si celles‑ci sont particulièrement soignées. Elles partagent toutefois une identité visuelle assez proche, misant toutes sur un contraste marqué entre des infrastructures de colonie très colorées et un environnement naturel traité de manière hyperréaliste. Cela dit, on peut raisonnablement espérer que Bungie saura se renouveler sur la durée. Le studio a déjà démontré par le passé sa capacité à faire évoluer ses décors à travers de grands moments de lore, accompagnés de changements esthétiques marqués. Il faut donc clairement envisager le jeu sur le long terme : à titre d’exemple, leur précédente série, Destiny, est soutenue et enrichie depuis plus de dix ans.

Et puisqu’il faut bien aborder les sujets qui fâchent, on peut évoquer un store relativement onéreux — même si Bungie vient tout juste d’ajuster le taux de change de la monnaie du jeu dans un sens plus favorable aux joueurs — ainsi qu’un battle pass peu enthousiasmant, principalement composé de stickers et de charmes. On peut également revenir sur les petits déboires du lancement, marqués par des contenus additionnels (battle pass, bonus de l’édition premium ou récompenses Twitch) qui n’étaient pas immédiatement disponibles.
Pour conclure, Marathon s’impose comme un extraction shooter à la direction artistique qui sort véritablement du lot. Les sensations de jeu sont très satisfaisantes, la marge de progression importante, et si le contenu peut sembler encore limité à l’heure actuelle, il est presque certain que Bungie l’étoffera dans les jours et semaines à venir. Le titre bénéficie en outre d’un positionnement tarifaire tout à fait raisonnable au regard de la moyenne des productions AAA actuelles. Enfin, il faut saluer la manière dont le jeu entretient le mystère autour de son lore : une approche suffisamment intrigante pour donner envie d’y retourner, encore et encore, afin d’en apprendre davantage.
Test réalisé à partir d’une version PC fournie par l’éditeur
