article de Papa Geek Life lecture

JoJo’s Bizarre Adventure. Le diamant inclassable du manga

Ecrit par papa

Est-ce une coïncidence que de faire un article sur un ouvrage sur JoJo l’année où la famille Gamer de Père en Fils est partie au Japon et à Rome ? Je ne crois pas…

Nous avons reçu le nouvel ouvrage des éditions Third consacré à l’un des mangas les plus célèbres. Écrit par Frederico Anzalone, journaliste spécialisé en manga et en culture japonaise (dont on peut retrouver les écrits dans ATOM, BoDoï, Les Cahiers de la BD ou Chronic’art), le livre tente d’explorer les liaisons, la cartographie de JoJo’s Bizarre Adventure dans la pop culture Japonaise. 

Pourquoi aborder cela dans Gamer de Père en Fils ? D’abord parce que Victor n’arrête pas de faire des “JoJo dachi” (les JoJo’s Poses) mais aussi parce que les influences de ce manga sont nombreuses et le jeu vidéo n’est pas épargné. 

Ora Ora Ora Ora… ORAAA !

Le livre débute sur une préface du réalisateur assez inclassable lui aussi, Takashi Miike, qui a réalisé un film sur la quatrième partie du manga, JoJo’s Bizarre Adventure Diamond Is Unbreakable Chapitre 1. Puis il aborde la jeunesse du Maître mangaka Hirohiko Araki né à Sendai, une ville qui occupera une place importante dans son œuvre. Dans sa jeunesse il sera bercé par la culture occidentale et en particulier les westerns et surtout ceux de Clint Eastwood auront un profond impact sur lui. L’auteur détaillera la recherche de style de l’artiste et l’importance des influences des maîtres mangaka de l’époque. Elle évoque aussi la difficulté d’intégrer la prestigieuse publication Weekly Shōnen Jump (à ce sujet je vous recommande chaudement le livre Jump, l’âge d’or du manga, de Hiroki Goto, aux éditions Kurokawa). Il est aussi question du rôle important de son tantô (responsable éditorial) Ryôsuke Kabashima. Après une première série Mashônen B.T. Araki lance Baoh Raishôsha et grâce au succès de celle-ci il pourra voyager en dehors du Japon et trouver dans les sculptures italiennes le style JoJo.

Yare yare da ze 

En effet les “poses Jojo” ces attitudes très maniérés et surtout le balancement des hanches si caractéristiques du manga doivent beaucoup à la statuaire italienne. En particulier le marbre baroque Apollon et Daphné du Bernin a particulièrement marqué Araki. Mais une autre influence sera aussi cruciale : l’illustration de mode et en particulier celles d’Antonio Lopez et de Tony Viramontes. Le style JoJo ce sont aussi ces planches constellées d’onomatopée inspirées d’effets sonores du rock ou du cinéma d’horreur qui donnent un rythme particulier. 

It just works 

Le livre embraye sur une description de la série au gré de ses différentes parties. Une des premières originalités de JoJo’s Bizarre Adventure à ses débuts est le fait d’avoir un personnage non Japonais dans un pays étranger, en l’occurrence Jonathan Joestar et l’Angleterre victorienne. 

La première partie (Phantom Blood) mélangeant les influences du cinéma d’horreur avec l’histoire du masque de pierre et de combat d’art martiaux (avec l’utilisation de la technique des ondes) verra le style de Jojo se détacher au fur et à mesure de l’influence de Tetsuo Hara (Hokuto no Ken).

Yellow Sunshine Overdrive !

La seconde partie (Battle Tendency) s’inspirant des pulps à la Indiana Jones montrera le descendant du héros, Joseph Joestar se défendre contre les hommes piliers à l’origine du masque de pierre, l’artefact de la première partie. Au niveau graphique, Araki s’inspirera plus que jamais de la mode et même du voguing cette danse impliquant des poses lascives et des  mouvements subtils de mains imitant les Unes des magazines. Les personnages sont glams comme jamais. 

Muda Muda Muda Muda Muda Muda Muda !!!

On apprend que le mangaka a été fortement inspiré par son éditeur à se rendre en Egypte et c’est donc là que se dirigeront les héros de Stardust Crusaders (la 3e partie) qui débutera dans le Japon contemporain.  C’est à partir de cette partie qu’apparaitront les “Stands”, des esprits gardiens aux pouvoirs spécifiques à chaque propriétaire (qu’on appelle manieur de stand) si caractéristiques à JoJo’s Bizarre Adventure. Il y développera les premières règles s’appliquant aux Stands : seul un stand peut blesser un autre Stand, les dégâts reçus par un stand se répercutent sur le corps du manieur, … Cet arc se s’apparentera à un long voyage où les 4 héros devront atteindre l’Egypte pour éliminer le maléfique Dio. Originalité de JoJo: il n’y aura pas de tournoi, formule qui semble être devenue un quasi standard dans le Shonen Jump depuis son introduction dans Dragon Ball. C’est aussi là qu’Araki ajoutera une spécificité aux duels : les combats ne reposeront plus simplement sur un rapport de force mais l’auteur y ajoutera toujours une autre forme de défi, ce qu’Anzalone décrit comme le “troisième paramètre”, une règle de jeu supplémentaire un élément modificateur qui courbe l’affrontement. 

Souvenir de l’exposition Weekly Shonen Jump Exhibition vol.1 à Tokyo en 2017

Cette partie contribue au succès de la série qui verra son adaptation en anime et en jeux vidéo (un RPG en 1993 puis deux jeux de combats chez Capcom en 1998 et 1999) . On appréciera que l’auteur se permette un chapitre caché sur le jeu d’arcade Jojo No Kimyou Na Bouken de Capcom avec des membres de Bas Gros Poing site de référence dans le jeu de baston. 

notre essi du jeu de baston JoJo dans une salle d’Akihabara

Za Wārudo

C’est avec la quatrième partie “Diamond is Unbreakable”  se déroulant dans la ville japonaise fictive de Morio (inspirée de la ville natale de l’auteur) qu’Araki tiendra son chef d’œuvre, un manga inclassable par son originalité et ses hybridation (avec son adversaire principal un tueur en série qui déteste le conflit) et son ton résolument adulte pour le Shonen Jump.

La partie 5, Golden Wing, se déroulera dans l’Italie chère à Araki  et le graphisme verra l’accentuation de la mode féminine, ses personnages seront désormais devenus exagérément sveltes. L’histoire se déroule dans le milieu de la mafia et il y un souffle un fort vent de camaraderie.  C’est l’une des parties préférés des fans, l’anime qui vient de se terminer récemment n’y est probablement pas pour rien.

La partie 6 Stone Ocean verra  la première héroïne principale féminine de la série Jolyne. Celle-ci injustement jetée en prison y obtiendra un stand et devra se battre pour sauver son père Jotaro. La qualité oscillera avec une histoire absconse et des dessins très chargés mais offrira un final particulièrement audacieux et mémorable.

Avec Steel Ball Run, Araki s’affranchira de la saga Jojo. Il y fera des références mais la continuité sera rompue. Le dessin sera plus clair et lumineux. Une œuvre plus ample plus adulte (une des préférées chez Gamer de Père en Fils).

La huitième partie JoJolion qui se déroule encore à Morio comme Diamond is Unbreakable est toujours en cours de publication dans le manga seinen Ultra Jump.

Victor est indéniablement fan de JoJo

Parler de JoJo’s Bizarre Adventure est impossible sans évoquer la musique: en effet les stands des personnages possèdent tous un nom tiré soit d’une chanson soit d’un groupe ou interprète célèbre. L’auteur du livre a d’ailleurs eu la bonne idée de suggérer des titres (regroupés sous une playlist Spotify) à écouter durant la lecture. De tous la plus grande influence reste David Bowie. 

nos recherches de JoJo dans les Mandarake à Tokyo

L’auteur détaille aussi comment l’œuvre d’Araki a dépassé la sphère du manga ou même du Japon. Frederico Anzalone évoque aussi les expositions d’Araki, il sera même le premier mangaka exposé au Louvre mais aussi le premier auteur de manga à avoir droit à une exposition de son vivant dans un musée national japonais. Mais il détaille aussi les collaborations d’Araki avec la haute couture italienne De nombreux auteurs de manga reconnaissent désormais l’influence de JoJo sur leurs propres productions (en particulier Kazuki Takahashi pour Yu-Gi-Oh!) Si la série a connu quelques jeux vidéo elle en a influencé de nombreux autres (en particulier la série Persona). Sans compter les nombreux mêmes générés par la série.  

oui même Clint Eastwood fait des JoJo’s Pose

On appréciera une mise en page originale de l’ouvrage, avec parfait une numérotation qui déraille volontairement, des mots qui apparaissent plus loin comme l’effet d’un Stand, et avec une bibliographie extrêmement fournie. Le seul regret serait l’absence totale d’illustrations. Un indispensable pour tous les fans de la série et les curieux (attention aux spoilers pour ceux-ci).

Article réalisé grâce à un exemplaire du livre fourni par l’éditeur.

A propos de l'auteur

papa

Rédacteur en chef avec la Passion™ ® du Jeu Vidéo depuis ses débuts sur Spectravideo et Sinclair ZX81.
Fier papa de 2 jeunes gamers.

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